Dans l’euphorie des trous normands

Chers amis,

Après plus d’un mois de pérégrinations musicales, me voilà de retour en terres familiales dans la Haute-Garonne, digéreant lentement mon retour en terres francophiles en préparation de nouvelles aventures (ma vie à Montréal est pour l’instant interrompue, je vous passe évidemment les détails administratifs du retour d’exil). Je rentre profondément ravi de cette tournée en montagnes russes, ayant rencontré pléthore de musiciens inspirants et de mélomanes enthousiastes. En termes de numérologie, mon compte est bon: 3500 kilomètres, 21 concerts, 13 canettes de Coca de station-service, 0 trains ratés, 6 médiators perdus, 3 cassés et 4 volés/trouvés, 0 cordes cassées en plein concert, 1 guitare cassée en plein concert, 28% de blagues réussies au micro…

Etant donné que l’écart est désormais bien creusé entre les derniers évènements de cette tournée et le moment où je vous les relate avec un certain retard, je ne peux vous offrir qu’un bref panorama des derniers concerts, à la modeste mesure de ma mémoire:

Le Violon Dingue de Nantes se présente vite comme un lieu de luxe indé qui sent bon la bohême. On imagine facilement toutes les cohortes de groupes “alternatifs” ayant posé leurs guitares abîmées et leurs sacs à dos troués sur cette petite scène de café-concert apparemment mythique. Mary nous y accueille comme des chefs gaulois, nous avons même le droit de manger au restaurant italien d’en face! Malgré un optimisme à toute épreuve, il faut reconnaître que la salle est plus vide que pleine ce soir-là hélas, mais Yann (de My North Eye, avec qui je commence alors une petite tournée du far ouest) et moi parvenons à faire passer nos messages musicaux dans cette sécheresse spectratrice.

Le concert de Rouen s’avère en contraste très moite, le public en masse blindant rapidement un espace déjà torride. L’équipe de l’association Europe & Co. et le patron du Shari Vari assurent un accueil impeccable, avec des mots encourageants et des mets finement cuisinés. Yann et moi faisons ce soir-là la première partie de Vandaveer, formation pop-folk amerloque qui penche un peu trop du côté RTL2 (“le SON pop-rock”) à mon goût mais les mecs sont sympathiques et leur musique évidemment pas désagréable à entendre. Le contraste avec le set de Yann/My North Eye qui prend définitivement aux tripes est saisissant. A force de l’entendre, je rentre de plus en plus dans son univers sombre et habité, qui parvient à évoquer sa vie de façon brute et imagée en mélangeant chansons et expérimentations sonores. Dans une ambiance semi-électrique, je m’efforce de m’adresser à la petite centaine de gens en face de moi, malgré une attention diffuse et une réactivité laborieuse. Il faut dire que la micro-géographie du lieu est peu adaptée et confortable, pour les buveurs/dragueurs comme pour les buveurs/auditeurs, les uns gênant les autres par une promiscuité inévitable.

Au Havre, Yann et moi brayons nos mots malades dans le sous-sol d’un pub irlandais, seule scène de musique “live” de la parfois surnommée “Stalingrad-Sur-Mer” (en raison d’une reconstruction quasi-totale de la ville historique avec une symétrie et une esthétique américano-soviétique glaciale à la suite des bombardements de la Seconde Guerre Mondiale) dans cette période de transition étrange qui prive les aficionados de musique de tribune adéquate. Le groupe local We termine la soirée en envoyant la sauce pop-rock avec une chanteuse énergique, de jolies rencontres en pagaille s’ensuivent après les festivités: une fille me bise les joues pour compenser les 5 euros qui lui manquent pour s’offrir mon album, un charmant punk de la vieille garde locale plus tard me fera un bisou dans la rue juste parce qu’il a bu et qu’il est content. J’ignore encore lequel de ces deux baisers inattendus m’a le plus confus.

Le second concert est Tours est du genre euphorisant, dans cette petive cave humide et confidentielle où les spectateurs debout, en manteaux, à 50 cms de moi, me dévisagent avec curiosité. L’équipe du Salon Nyctalope est certifée “plaquée or et vernis de diamant”, du gratin dauphinois “homemade” dans la piaule du dessus jusqu’aux blagues potaches essaimées par le staff excité pendant le concert. Je découvre avec horreur que le cou de ma guitare est brisée après un parcours poétisant dans le public (plutôt drôle et étrange, récitation accompagnée par les bidouillages et beaths synthés de vintage du one-man showman Ressources Humaines, je vous conseille son excellent Smells Like Team Spirit). Côté cassure imprévue, les meilleur enquêteurs de Scotland Paillarde sont sur le coup mais le mystère persiste. Nulle inquiétude cependant, le vaillant luthier toulousain a depuis recollé l’affaire sans vider mon porte-monnaie, donc plus de frayeur que de mal sur ce mauvais coup de cou.

Ereinté et avec une voix de gravier, je traîne ma carcasse maganée un peu plus vers l’Océan. Je joue calmement, en ménageant les étincelles, un dimanche après-midi terne et pluvieux à Caen dans le salon du manoir normand grand-parental, devant des membres méconnus de ma famille, leurs amis et quelques voisins curieux. La plupart des spectateurs ne sont manifestement pas trop habitués à ce genre de situation de concert  intimiste, les applaudissement sont de fait courts et les réactions timides, cela crée un malaise général étonnamment agréable. Rapidement atteint par la fatigue accumulée de 5 concerts en 5 jours, je raccourcis mon set en remerciant la gentille assemblée, qui manifestera ce jour-là un intérêt inespéré pour mes produits artisanaux de poésie du terroir et des night-clubs.

Le concert final à Paris ne sera pas le feu d’artifices final escompté, en raison d’une meute de bar d’humeur vacarmante et de soucis techniques plutôt épais: le micro de guitare lâche pour de bon aux deux tiers du concert, me forçant à improviser de mauvaises blagues et des poèmes à moitié oubliés en guise de clôture maladroite. C’est surtout le fait de devoir jouer sur une guitare classique empruntée non sanglable et branchable qui ruinera mes efforts musicaux pour de bon. Estropié par le besoin de jouer assis et face à un micro statique, mes habitudes de gesticulation en prennent un coup et je passe un mauvais moment de frustration immobile, bêtement assis face à un public relativement large pour un début de soirée mais dont les intentions et les attentions sont difficiles à cerner dans le bruit et l’obscurité ambiantes. Je sors de scène déçu de ma prestation pour la première fois depuis longtemps, secoué temporairement dans ma confiance épique. Plus tard, sirotant seul un milk-shake de l’ordre de l’écoeurant dans un Macdo 24/24, je me dis qu’en fait, après une petite dizaine de concerts à Paris, je n’ai essuyé que des mauvaises expériences! Je ne crois néanmoins pas aux malédictions et retenterai évidemment ma chance dans cette capitale coriace, le Folk’n’Roll en bandoulière.

La tournée est belle et bien close, et je prends racine en préparant la suite. Voici donc venu le temps de vous quitter, jusqu’à mon prochain départ ! Merci à tous ceux qui ont suivi le blog, qui sont venus aux concerts, qui ont écouté et qui m’ont soutenu avec leurs achats généreux et curieux!

A bientôt, au détour d’une Nationale fantôme!

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