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Au Nord de Tout

Bonjour à tous, et bienvenue dans le volet francophone de cette narration voyagesque ! Qu’il est bon de ranger mes oripeaux anglophiles et d’enfin pouvoir m’exprimer au lectorat francophage dans cette langue maternelle, maternante et matricielle.

C’est donc les yeux un peu trempés que nous quittions Darmstadt, le bide déjà douloureusement nostalgique des merveilleux Alex et Torsten et de leur concert-événement Gute Stube. Nous nous dirigions alors vers la Belgique, charmant sas de transition entre l’Allemagne et la France, pour atteindre un Liège miné par une sévère grève des transports en commun. Ce détail malheureux affecta grandement le volume de notre public au Fiacre (un bâtiment des Postes datant du 16ème siècle partiellement réaménagé en salle de concerts aux murs de pierre et à la décoration un tantinet boisée-design), car les gens sont très dépendants des bus pour se déplacer – la guindaille ne fut donc hélas pas au rendez-vous. Notre séjour belge fut bref, mais j’ai eu le temps d’engloutir une mitraillette à la fricadelle, de composer une chanson d’intro de derrière les fagots, et surtout d’apprécier à nouveau la musicalité de ce bel accent wallon ainsi que l’entrain contagieux si caractéristiques de la population locale.

Après avoir attendu un bus à un arrêt improbable indiqué nulle part (nous nous basions seulement sur l’insistance de plusieurs passants : “Si, si, je vous assure, il va s’arrêter là votre bus” ; “Oui, mais ça ne dit pas Eurolines sur un poteau ou quoi” ; “Mais puisque j’vous dis que l’arrêt est là” ; “D’accord, mais ça paraît étrange, vous êtes sûrs qu’il s’arrête pas ailleurs” etc..), nous pénétrions finalement à l’intérieur d’une navette surchauffée et bondée de personnages patibulaires effectivement en partance pour la France. Après quelques détours interminables par Anvers et Gent, histoire de faire durer le suspense, nous arrivions à Lille, première escale en cette terre longtemps promise à Charlotte : tu verras, les croissants, tu verras les chouettes gens, tu verras, c’est dément ! Et puis quelle meilleure ville que Lille, animée, organique, sophistiquée, pour présenter les douceurs du pays à ma compagnonne de voyage ? C’est en sifflotant “Ça sent si bon la France” (un classique chauvin et controversé de Maurice Chevalier) que nous partîmes en route pour le Caf& Diskaire, légendaire havre de paix et de joie pour le musicien, le mélomane et le fan du croque-madame.

Après avoir visité la ville en mode marathon dans une course contre le coucher de soleil hivernal (nous appréciâmes les installations de “Lille Fantastique” : une maison renversée “tombée du ciel” et autres surprises urbaines), nous prenions à bras le corps un concert entièrement acoustique et sans filets pour la joviale troupe d’oreilles assemblées pour l’occasion. Nous passâmes une belle soirée en délicieuse compagnie dans ce petit temple précieux, et après deux semaines en Allemagne à ruminer mes textes sans possibilité de partage, je sautai sur l’occasion de tester des fragments de poésie récente, et donc fragile, sur ces cobayes attentifs et enthousiastes.

Le lendemain soir, grâce à la chaleureuse invitation de Dominique, nous réalisions un petit set acoustique à son domicile dans la campagne environnante de la région lilloise pour sa famille (nous permettant de battre ainsi un record en jouant devant un grand-père de 85 ans) et ses amis fous de musique, un exercice toujours apprécié pour le chansonnier qui permet de s’adresser à son interlocuteur sans artifices. Et puis, pour un chansonnier en tournée, il n’y a rien qui égale le confort de chanter en pantoufles dans un salon, après tant de tapis de scènes poisseux et de journées entières passées dans ses chaussures !

Nous délaissâmes ensuite le Nord pour pousser vers la Normandie, traversant la moribonde Picardie dans un brouillard des plus sinistres, débarquant au bout des rails dans un Rouen paralysé par un récent accident sur un pont étant malheureusement un axe de circulation majeur. Yann et Thierry nous avertissent que la foule risque d’être clairsemée en conséquence, et assurent un accueil impeccable dans un Shari Vari récemment renové aux murs à la peinture encore fraîche, et à l’éclairage discothèque particulièrement inadapté pour notre set rustique. Le public rouennais n’a pas gagné en température depuis mon dernier passage : ah, ces gens qui se plaignent de leur semaine de boulot dos à nous et à moins d’un mètre de la scène pendant que l’on s’évertue à pousser notre chansonnette ! Notre petite fierté est d’avoir chacun réussi à dompter un silence précaire durant quelques minutes. Nous fûmes vraiment reconnaissants que certains de ces auditeurs critiques et exigeants nous aient fait l’honneur de se taire. Je me dis naïvement que cela doit être un signe de vague talent si l’on condescend à interrompre sa conversation pour nous écouter quelques secondes.

Quant au triste groupe du coin partageant le plateau avec nous, ils ont brillé par leur indifférence snob à notre égard, confirmant ainsi les clichés en vogue de folk-rockeurs maussades et prétentieux. Il est vrai après tout que nous ne sommes que de jeunes branleurs en vadrouille, et ne méritons pas l’attention de tièdes trentenaires qui eux ont “réussi à vivre de la musique”. Je ne jalouse pas pour autant cette hauteur toute “professionnelle”, si elle se résume à fumer des joints et renverser des bières, cachés dans une cave à causer SACEM et SMAC. Plus tard, le dancefloor trembla grâce aux mains expertes d’un Dj Seb Petit qui envoie la purée avec une playlist efficace, dont un “You Really Got Me” Kinksien entonné par la faune Heinekenisée dans sa version détournée “Chauffez les gamelles” (à essayer à la maison, vous verrez, c’est assez drôle).

S’ensuit alors une semaine à Paris à un rythme évidemment effréné, dans ce grand aspirateur de l’âme qu’est notre capitale. Après une répétition sauvage de mon “Where Is My Miracle ?” à très bas volume (voisins sensibles oblige) dans un cagibi de la salle de concerts La Loge où ils se produisaient, nous avons le plaisir, que dis-je l’honneur, de rejoindre l’incredible trio des Odran Trümmel sur scène pour jouer cette chanson épique, accompagné de Charlotte au shaker (pas à la cuillère) et aux voix. Leur concert fit comme toujours l’effet d’une claque joyeusement prise dans la gueule et je dis et redirai encore sous la torture qu’Odran Trümmel for President, Odran Trümmel for King.

Le lendemain, nous revenions dans le 11ème arrondissement pour notre concert au Motel, organisé par la joviale et exquise équipe des Balades Sonores. Moi qui pensais bêtement que toute la France serait ce soir-là engluée à son écran plat pour attendre le résultat des essentielles élections de l’UMP, je fus surpris de voir un beau petit public face à nous dans ce bar agréable à la branchitude tolérable. Ce fut donc un plaisir d’harmoniser face à ces gens réactifs et doux, dans cette cotonneuse soirée de dimanche parisien dont nous n’attendions rien, mais que nous quittâmes contents.

Sinon, et bien, notre séjour eût l’allure d’un ride d’auto-tamponneuses qui ne s’arrête pas : sueurs froides sur Vélib’, retards systématiques aux rendez-vous ratés, statuettes et masques effrayants du quai Branly, traiteurs asiatiques hors-de-prix aux crevettes douteuses, horreur absolue de la quantité de sans-abri dormant dans des recoins improbables recouverts d’improbables couvertures de survie, circuit des librairies pour récupérer les millions qu’ils me doivent pour le trafic de ma poétrie, conversations éphémères avec de vieux copains, concours de lancers de bouteilles de Coca au jardin de plantes au petit matin, Haribos et films d’horreur coréens, le tout au son d’un grommellement continu qui résonne dans la cité, issu d’un mal de vivre assourdissant.

Nous eûmes la chance d’être hébergés dans une chambre de bonne classieuse près de la rue Mouffetard, où notre entassement subit une gradation étouffante, puisque nous y fûmes d’abord sans notre hôte (2) puis en sa charmante compagnie (3) pour finir avec un dernier larron (4), ce qui commença à faire beaucoup de chair pour un huit-mètres carré. Il devint alors impossible d’étendre le bras ou toute autre manipulation sans toucher quelqu’un, donnant lieu à plusieurs manœuvres maladroites et autres accidents parfois cocasses.

La lutte pour l’espace de vie, très parisienne, est toujours l’occasion de découvrir ou retrouver les bonheurs et les tragédies d’une proximité poussée à l’extrême. Quand ton choix de position nuptiale est rétrécit à un compromis entre l’haleine toxique de l’un ou le ronflement sismique de l’autre, tu sais alors que tu es pauvre et à Paris. Et je passe les détails du fuckin’ portrait de Mozart qui ne te quitte jamais des yeux, de l’odeur illégale qui imprègne la pièce dès que le frigo est ouvert, de la nécessité de siffler très fort dans une fausse décontraction quand on est aux toilettes, de la tronche du camembert oublié tout un week-end sur le balcon et des tendances égoïstes de certains à tirer la couette de leur côté comme si c’était leur propriété unique.

Enfin, la bouche sèche d’avoir trop parlé, les pieds rouges d’avoir trop marché, il était temps de rejoindre la province simple et sereine. Nous nous précipitions vers Nantes sans demander notre reste à ce Paris d’enclave et d’enclume, pour un week-end de festival Bars Bars où nous avions la chance de nous représenter deux soirs de suite au mythique Violon Dingue, véritable institution locale du café-concert. Nous subîmes un premier soir aux conditions sonores difficiles, en raison d’un système de piètre qualité, où nous assurions la première partie d’un groupe de blues néo-orléanais…de Bordeaux. Le public relativement bavard et de plus en plus imbibé ne porta qu’une attention aléatoire à nos modestes histoires, mais nous assurâmes un folk’n’roll coriace dans l’espoir d’atteindre quelques oreilles dans le chaos ambiant. La visite prévue de deux amis Canadiens de Charlotte aida à ajouter un peu de couleurs à cette soirée qui se finit dans un circuit nocturne sympathique, où nous explorions comme des enfants émerveillés la programmation éclectique de ce festival se déroulant simultanément dans tous les bars de la ville, comme une fête de la musique sous contrôle. Ainsi, nous tombâmes sur des quinquagénaires braillant du Talking Heads, une saxophoniste distillant du Maceo Parker par-dessus les beats et les scrats d’un DJ mélangeant musique d’ascenceur dansante et hip-hop brésilien, un violoniste manouche amoureux de lui-même excitant les meutes saoûles avec du Django joué avec un panache un peu surfait, et autres belles surprises.

Le lendemain, notre concert fut nettement plus réussi, bénéficiant d’un meilleur système de son grâce à l’équipement high-tech du groupe pop-rock dont nous assurions cette fois la première partie, le très solide Roman Electric Band. Le public, cette fois épais, compact, et plus mélomane que la veille, sembla plus aimanté que la veille et nous fîmes ainsi de belles rencontres post-concert. Nous reprîmes ensuite avec nos deux compagnons décidément très jouasses à l’idée d’être en France (obsédés par les crêpes et le vin chaud) nos errances dans les rues pavées piétonnes d’une ville animée comme jamais, pour cette fois dénicher du Nintendo-core (ou 8 bit-hop) de grande qualité avec le groupe allemand Les Trucs, assurant un set grandiloquent et foutraque fait de poses théâtrales, de jeux de lumières expérimentaux et d’une musique électronique entraînante et originale issue seulement des sons de consoles Nintendo…

Quelques kebabs de minuit et Nutella du matin plus loin, il était l’heure de reprendre un TER pour poursuivre l’aventure à Tours, domicile de l’excellent label Another Record accueillant mon dernier album, pour deux concerts prometteurs, dont je vous dirai des nouvelles au prochain épisode !

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Great vibes at the Gute stube

Hello y’all ! What’s the cracker like ? I have unfortunately been away from consistent wi-fi, computers and chairs for too long and left this blog sadly un-updated. I deeply apologize to those who care, but you should know by now : I’m such a terrible, terrible person.

The Darmstadt gig ended up being a wonderful fireworks finale show to our first leg of the German tour. The Gute Stube concept, around for six years now, is quite fantastic : a trashy culture lounge event that takes place on a monthly basis in an old theatre which is a converted car garage. The stage is vintagely decorated with a winged armchair, sixties-style wallpaper, a kitschy floor lamp, a scarf from the local soccer team, old pictures of strangers found in random places, and other meaningful items. “Underground” without never being “hip” or “so cool”, this is the type of of small niche events, cosy and lo-fi that all songwriters die to perform for. A cherished part of the concept is the punctual start of each event at 20:15 in the evening after a ceremonious presentation of the famous German tv news broadcast “Tagesschau”.

The room was packed with a multigenerational, highly receptive and extremely quiet audience, which is all you can ask for. And for the first time in the tour, Charlotte had access to a drum kit generously lent by a friend of the promoters, which helped us bring a little more roll to the folk. Jokes were laughed at, heads were swinging to the tunes, smiles were shining, CD sales went berserk, it was a beautiful night indeed. And what else could have ended it better than an impromptu and extra-fun video shooting of a silly Christmas song for and by the local songsters Woog Riots on that very Gute Stube stage with enthusiastic members of the audience ?

The organizers Alex and Torsten put us up in their comfy apartment where they revealed themselves to be gorgeous human beings, glowing with confidence, radiating genuine love and filled with the greatest ideas. For example, they started out a punk neighbourhood choir open to everybody where they sing once a week arranged versions of obscure hits by the Dead Kennedys, PJ Harvey etc… Charlotte and I both did a home recording  for a Children Christmas Compilation they’re putting together, Charlotte sang the classic “Fred The Moose” and I tried out with exhausted vocal chords “Petit Garçon”, a go-to-sleep ditty translated and made famous in France by the great Graeme Allwright.

In an effort to keep the tour fitness and health-oriented (our pride so far is not to have given up just yet), we accompanied Alex in a few runs around the track and exercised on fun outdoor training machines originally intended for older people that had specific tricks for different muscles. The city left us with a warm and fuzzy impression of sophistication, culture and laid-backness and on hopping on the train to Belgium, we definitely gave Darmstadt a last look behind that meant : “I shall be back, you awesome you”.

…then we take berlin!

Hot damn, we kicked-off this tour in magical Berlin with a mean bang ! The legendary Schokoladen indie venue, a chocolate-factory building squatted since 1989 and threatened many times of disappearance by the gentrification pressures of the hip “Mitte” neigborhood, bore many promises of fun and absolutely delivered, and beyond : the room was packed and music-friendly (sprinkled with many grinning familiar faces), the staff was made of awesome, the DJ kicked serious ass, and the sound-man may very well win my 2012 Gold Medal of Genuine Enthusiasm Coming from Sound Engineers (GECSE).

Charlotte and I alternated our Greatest Hits in a “round-robin” singer-songwriter style and had great fun playing a shared opening set for the Brooklyn-based songwriter Phoebe Kreutz, who among other fun ditties, spoofed up brilliantly some Velvet Underground songs with a junk-food twist : “I’m waiting for the delivery man, 26 coupons in my hand…” or my personal fave “It’s such a pizza day, and I’m glad I got to spend it with food, so just keep the oven on, keep the oven ooooon”. Post-gig festivites involved wild dancing, awkward jokes, competitive fuss-ball and liters of local Fritz-Cola, very fine ingredients indeed to finish off a fantastic evening. If we can keep the vibe of the tour groovy just like yesterday’s show, we’ll come home the happiest campers of Lalaland.

Ps : Hmm, sorry French readers, I actually decided to write the blog in English until I get to France. So what, sue me !

Pour faire chanter des carillons de bleus venus du Nord

Capitaines d’un brise-larmes

Traversée de la Belgique en bavant dans ma sieste. J’écarquille les pupilles et voici Liège sous la neige, retrouvant avec surprise cette poudre complice que je pensais quitter pour de bon sur le tarmac de l’aéroport de Montréal. La météo annonce la couleur de toute façon: le début de mon voyage sera une véritable vadrouille au royaume des glaces, avec un vent au cutter qui aime me ramener à ma fragilité des joues. Ce soir-là, nous chantons à tue-tête et tapons de la basket sur la scène d’une péniche qui fuit (du toit, heureusement), amarrée sur le quai joliment pavé le long d’une Meuse qui tanguait light. La chaleureuse équipe de Liège 3015 a travaillé fort pour rassembler une petite foule attentive et intergénérationnelle, et je m’excite comme un enfant à l’idée de montrer ma came. C’est devant eux que je pénètre officiellement dans mes chansons depuis l’entame du périple, ravi du déclic un peu tardif de ma musique en mode live, après des sets peu inspirés et précipités au Mofo et au Café Diskaire. Décidemment frustré de ne pouvoir communiquer directement avec les locaux dans la langue de nos aïeux, et inspiré par les talents francophages de mon compagnon de médiator, j’insère des slams érotiques et autres bafouilles poéticomiques dans mon spectacle. Cela fait respirer mon set anglophone et me permet d’exprimer décemment mes angoisses et autres trouvailles de post-adolescent.

Le lendemain matin, en compagnie du généreux Didier, quelques secrets, recoins et ruelles de la ville nous sont révélés au compte-goutte de son enthousiasme bien informé: familles entières de bourgeois brûlées dans une église cadenassée par des guildes mécontentes, rémanences de l’hostilité flamande/wallonne, délires architecturaux du prince-évêque déchu et autres anecdotes du cru. Il nous présente aux charmes du “carré”, ainsi qu’à la déco psychédélique du légendaire repaire estudiantin le Pot-au-Lait (citation  du flyer de la programmation du lieu déjanté: “Les bons conseils de mon onc’ pol: voici une recette simple pour empêcher votre petit ami de ronfler. il suffit de lui écarter les cuisses. Dans cette position, les testicules sollicitées par la pesanteur tombent, obstruant l’orifice de l’anus. Le tirage est coupé. Il ne ronfle plus.”). Il nous enseigne aussi le régal des “boulets” à la sauce “lapin” (boulettes de viande énormes roulées dans la farine et poêlées avec de la cassonade, des oignons, un vrai délice d’hiver). On nous raconte un carnaval liègeois qui n’a rien à envier à Rio de Janeiro, avec le vomis qui coule à flots le long des processions de cancres guindailleurs, émergeant de leurs “kots” (chambres-taudis d’étudiants) pour plonger dans le zwart (le “noir” de la rue festive).

On la r’fait! Lille, le retour de la vengeance

Retour dans un fief lillois sub-zéroien (sans se gourer en passant par Bruxelles comme à l’aller, ignorant les traductions flamandes des noms de villes sur les panneaux de signalisation) pour atteindre le Peek-a-boo et sa faune nyctalope.Vintage 50’s sans les clichés classiques, le lieu exigü se présente vite comme un bar de quartier familial à la patronne mélomane et réglo. L’espace est étroit et séparé comme souvent entre les curieux attentifs et les bavards alcoolisés, ces derniers frustrant les autres par leur vacarme étouffant nos voix et nos paroles. Heureusement, ce soir, nous prenons tous le bruit du bon côté : Isabelle, très classe, égrène ses jolies chansons sans faire vaciller sa concentration ; Sammy dispose d’autres stratagèmes de lutte, il ne se démonte pas et monte sur les tables en criant ; quant à moi, je dissémine ma prose sexualisante avec le sourire entre mes chansons épiques en angliche. Nous dormons à Lille chez un Arthur accueillant qui nous fait partager sa passion pour Simon Finn, folk-psyché obscur et oublié. Il vit à côté d’un bar-cantine de carnavaleux, la Chapelle, qui passe toute l’année non-stop uniquement de la musique de carnaval, devant lequel rôdent des jeunes aux mines patibulaires. Voici quelques perles de leur flyer dérobé pour la blague : “Vins faire tin carnaval toute l’année avec tous ché gins! à la Chapelle, sur l’comptoir tu choleras pas ! à la Chapelle, tin plus biau Klet’che tu mettras! à la Chapelle, les femmes sont mon oncle et les hommes sont ma tante!”.  Je vois un guitare dans un coin du salon d’Arthur sur laquelle est écrit au marqueur noir “I bought this guitar to pledge my love to you“, parole mythique s’il en est du Bill “Smog” Callahan.  En revoyant cette phrase, j’en ressens la pertinence comme un uppercut, vivant pleinement en ce moment cette tension essentielle de générosité dans ce voyage improbable qui nous pousse à braver des publics tranges et étrangers pour leur parler d’amour, du nôtre et du leur, comme une urgence dans cette cellule de crise.

On nous raconte les tribulalations véridiques d’un mauvais magicien qui a joué dans un film porno local intitulé “Bienvenue chez les Ch’tites”. On nous dit que les clochards meurent en réalité beaucoup plus l’été que l’hiver en raison des maladies contractées dans le froid. Les belles rencontres s’empilent et forment un beau collier, et le sentiment bienvenu de connexion avec ma propre musique s’installe et s’intensifie.

Sammy ayant vécu dans le coin, nous allons rendre visite à ses anciens voisins qui nous invitent tous comme si nous étions le sang de leur sang. Pendant notre séjour dans le Nord, les gens semblaient se sentir investis de la mission de confirmer la légende que les gens du du Nord étaient accueillants et savaient se montrer convaincants à grands renforts d’arguments gastronomiques et avineux. Quel plaisir de me retrouver au sein de la “bonne franquette” décontractée et de ses éléments relativement absents de la culture de la table canadienne: corbeille de pain et plateau de fromages pour n’en citer que deux plutôt représentatifs! Glissant mes pieds meurtris sous des tables garnies de mets locaux, de saucissons en patates douces, de flans en pâtés, je redécouvre l’art de manger en prenant le temps, passe-moi le sel, vous avez de la moutarde ? on se régale, merci vraiment. Sur un autre terrain chauvinistique, je me demande quand même par quel plaisir malsain je me retrouve à jubiler devant la grandiloquence des Géant Casino de mon pays d’enfance, jusqu’à apprécier la revisite de ces labyrinthes aseptisés! C’est aussi singulier de ressentir un tel confort en revoyant mes gaufres au chocolat préférées dans les étals des stations-service, there’s nothing like home, indeed.

En raison d’une batterie frileuse et d’une météo coriace, Sammy met le réveil et se lève à 6h du matin pour démarrer le Chrysler Voyager qui nous joue des tours fréquemment en ne se démarrant pas. Cela constitue notre petite frayeur matinale en motif récurrent, qui nous a valu une visite chez Norauto et quelques frissons supplémentaires. Quelques mots d’ailleurs sur les carences de notre précieux carrosse, hormis ces désagréments: nous devons tous rentrer par la portière conducteur, qui est la seule qui s’ouvre, ce qui implique des crapahutages et l’ostension fréquente de la couleur de nos caleçons ; le système électrique général craint à mort tel que lorsqu’on baisse la vitre avec la commande électrique, cela coupe la chique à la musique (évidemment, nous oublions des fois cet affreux lien de cause à effet et on ruine à l’insu de notre plein gré le pic dramatique d’une super chanson en voulant payer le péage: “Et meeerde”) ; il faut laisser le doigt appuyé sur l’allume-cigares tout le temps de son allumage, ce qui laisse le motif du bouton imprimé sur l’index lorsqu’on veut faire nos Clint Eastwood en crapotant des cigarillos vanillés ; un balai doit tenir le coffre ouvert car il ne tient plus tout seul, ce qui fait toujours effet “épée de Damoclès” en mode porte blindée sympa quand on décharge l’ampli. Au-delà de ces dysfonctionnements légers et sujets à plaisanteries redondantes, la bête bouffe du kilomètre sans rechigner, poussée par la country mauve de Jeff Bridges ou le flow de Busta Rhymes, et je lui tire bien bas la casquette. Long may you run.

Normalement, c’est pas mon truc, les plans à Troyes…

Coïncidence étrange, le 3 Février, nous partions à trois (en comptant le Cinto, fidèle passager canin) à Troyes, coquette ville médiévale aux beaux restes de maisons en colombages, fortifications restaurées et vieilles rues pavées. Je m’attendais à un bled sans relief et j’y ai trouvé une ville d’histoire et de caractère. Le Bougnat des Pouilles est un restaurant/bar à vins bondé et agréable, on m’y laisse boire mon traditionnel litre de Coca (en vraie star du mouvement straight-edge) et on nous gave de saucissons et fromages de la région. La scène étant située le long du principal couloir de passage entre les diverses salles boisées du complexe de la night, nous voyons défiler juste devant nous les kakous aux cheveux courts et laqués qui débarquent au fur et à mesure, attendant patiemment que la taverne opère sa mutation en boîte de nuit avec le Deejay local. Ils nous font méchamment sentir dans leurs regards et ricanements crétins quelque chose du genre : “dégagez, les ringards à guitare”, résistance implicite que j’apprécie beaucoup. Cette configuration s’avère vite cocasse, surtout quand les serveurs occultent notre vue du public et braillent à 2 cm de notre manche de guitare : “C’est pour qui, les tartinettes?” ou “Sabine, un café pour la 3!”. Cela donne d’ailleurs lieu à une péripétie plutôt drôle: Sammy, pris dans une des transes de rockeur dont il détient le secret, lance un coup de jambe qui manque d’éborgner une serveuse déjà peu enjouée par le bordel ambiant, coincée entre des folkeux qui schlinguent et qui montent sur les chaises en braillant et les jeunes branleurs du coin qui exigent leur troisième pichet de bièrasse.

Il n’est pas toujours évident d’être pris au sérieux, voir de se prendre soi-même au sérieux quand on joue dans un lieu si peu adapté à notre musique, au creux d’une foule hétéroclite, partagé entre ceux venus pour découvrir une musique inconnue (quelle idée!) et les autres aux motivations cumulables : drague, drogue, déconne, bouffe, bière et frime. Nous nous en sortons pas mal au final, grâce à un second degré éprouvé et une conscience professionnelle solide, mais il fut bon d’oublier et dissoudre mes trimages du soir dans le matage éhonté des “Confessions Intimes” de TF1 une fois rendu à l’hôtel.

Le lendemain, nous reprenons les nationales et je me trouve vite à aimer regarder la fumée des usines danser dans le ciel clair de l’hiver. Dans cette France de l’interstice, nous traversons des patelins fantômes de Franche-Comté (Gourgeon, Noidans, Villersexel…que de villages aux charmes vaporeux!), nous longeons des marais semi-glacés qui ressemblent à des flaques de salive et nous tombons sur un supermarché “Corluyt” frigorifié avec cette caissière éteinte qui nous tend une facture-devis en format A4 pour 5 euros de Haribos…Nous naviguons fluidement dans la chaude lumière qui baigne la haute-vallée de l’Aube, jaune tendance orange, avisant quelques fois des silos désaffectés et autres garages abandonnés qui dénotent une ambiance post-industrielle pour le moins sympathique.

Mules + Loose = Alsassholes

Après un circuit sans-faute, il fallait évidemment que les tuiles commencent à se pointer dans le décor. Nous fûmes rapidement minés par un accueil de glace dans une ville de Mulhouse, il faut le bien dire, hideuse et labyrintique. Le patron nous a fait déguster une spécialité alsacienne avant même notre arrivée lorsque nous cherchions son bar, en nous déconseillant au téléphone de demander notre chemin à des “casquettes” qui ne connaîtront sûrement pas le centre historique vu qu’ils ne viennent pas vraiment d’ici. J’ai rebaptisé pour l’occasion mon compagnon Samir Da Costa, un mix portugais/marocain histoire de déstabiliser les xénos potentiels et essayer de rigoler un peu du fait que nous nous trouvions désormais dans la terre d’origine des groupes de punk néo-nazis, aux chansons potaches du genre “Mohammed, mouche à merde” et j’en passe. Il faut dire qu’en interrogeant une casquette, erreur impardonnable, nous eûmes une réponse pour le moins cocasse : “Le Greffier ? J’sais pas.. c’est tribunal ça!”, et de se barrer comme un voleur avec ses potes apathiques, la bouche collée dans un kebab. On se serait crus dans une page de “La Vie Secrète des Jeunes” de Sattouf, qui a le don de photographier en BD les jeunes beurs dans ce genre de situations peu avantageuses. Enfin bref, les rares êtres humains croisés dans les rues (un samedi à 19h en centre-ville, rappel) n’avaient aucune envie de nous aider et préféraient s’amuser soit à nous égarer, soit à nous donner des réponses vagues et inutiles, soit à nous faire attendre 5 minutes pour finalement avouer qu’ils n’en avaient aucune idée, soit à carrément nous ignorer dès que je baissais la vitre (mon préféré). Faut dire qu’on faisait un peu gitans avec le boxer qui aboie sur la banquette arrière, mais bon, il paraît qu’il faut aider son prochain, même s’il n’est pas rasé de près.

Mais les milieux hostiles, ça on connaît, comme disait Kool Shen, et tant bien que mal, nous avons tenté ce soir-là de faire vivre nos chansons entre les beuglements d’une jeunesse avinée et les papotements de quarantenaires majoritairement désintéréssés. Quelques oreilles curieuses étaient aux aguets comme toujours (les fous), hélas troublés dans leur écoute par la cacophonie ambiante. Sammy est monté sur un tabouret et a fait fuire un groupe de mecs qui essayaient, avec beaucoup de réussite, de tous se ressembler. J’entendis l’un deux, visiblement remonté, miauler en se dirigeant vers la sortie : “Il a marché sur mon pull”. Un mec dit à Sammy que ce qu’il fait est super cool et ressemble à du “Jimmy Cash”.

Pina nous avait régalé avant l’attaque des festivités avec des mets typiques (Fleischnacka, un escargot de viande et des Spatzle, sans parler de la saucisse Viennerla, moins fine que la strasbourgeoise, allez savoir pourquoi), et la famille tenant la maison nous a traité comme des coqs en pape. On nous raconte le mépris condescendant des gens du Bas-Rhin pour cette région prolétaire, le manque de tribunes pour les groupes de compositions originales dans la région (même constat triste qu’aux US, on veut entendre “Stairway to Heaven”). Ce soir-là, j’ai cru entendre un fantôme de fillette ricaner dans un des angles lovecraftiens de la bicoque, mais c’était sûrement les rires gras de la meute du bar qui résonnaient encore dans mon crâne. Sur scène, quand j’évoque Toulouse, un mec me crie “Toulouse-Mulhouse, même combat!” à quoi je réponds que oui, il y a effectivement une connection entre ces deux mots: c’est la loose, ce qui n’a fait rire que moi (ce qui est déjà beaucoup). Des filles britanniques assistantes-enseignantes en anglais viennent nous voir à la fin, avec l’envie manifeste de s’exprimer sur le calvaire qu’elles endurent dans cette ville de morts-vivants saoûlards et/ou neurasthéniques. Nous compatissons, impuissants, n’ayant eu qu’à offrir une modeste soirée de divertissement acoustique pour leur faire oublier le néant culturel qu’elles habitent. Cela confirme l’impression de malaise qui s’est rapidement installée dès notre débarquement dans la cité maudite. Oui, vous direz, je ne ménage pas mon texte question généralité, mais il est question d’émotions primaires ici et non de dossier journalistique nuancé sur la ville de Mulhouse! 2012, l’année du blues à Mulhouse.

Dire que nos ancêtres ont perdu leurs vies empalés sur des baïonnettes de Prussiens pour garder ce lopin de terre désagréable! Les Allemands auraient sûrement fait meilleur usage de ce coin qui nous a divisé si longtemps bêtement et terriblement : Freiburg, de l’autre côté de la frontière, est un contre-exemple flagrant en terme de cachet et d’accueil de la population si mes souvenirs de Schulereisen sont bons. Il fit bon de quitter le navire après une douche karchër, un soulagement comme on en fait plus. Le contraste avec la Bourgogne, avec ses bâtisses charmantes et  ses vignobles vallonnés, fut étonnant.  Difficile de rivaliser avec la gueule d’un Meursault, avec la pierre de Chagny, avec le cachet d’un Santenay! Sammy me déposait à Beaune en escale familiale mais c’est une autre histoire, tournant pour l’instant avec un sourire en coin la  première page de la tournée d’hiver..

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Indianapolis & Chicago

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Columbus & Cincinnati

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Wilmington & Pittsburgh

Brooklyn & Harlem, NY

Mouth and Mind-blowing Performance @ The Whitehaus

Excerpt from the performance: “It would be a period of detailed order” by Brooklyn-based duo Weston Minissali and Brooke Herr. Filmed by Boris Paillard at The Whitehaus, Boston, Ma on December 2nd, 2011.
Meet, greet and congratulate at promnightrecords.com / westonminissali@gmail.com / brooke.e.herr@gmail

Ground Zero – Allenstown, NH

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