France – Hiver 2012

NORTHBOUND & OUT
(February 1st)

Paris by (sleepless) night

Funny how you can still surprise yourself, especially when you’re so old like me. Truth is, against all odds: I feel strangely content to be back around my own, my rough-edged people stuck in these dragging crisis times, my unimpressed buddies, my cold bitches. I’m sick of being shouted at and always being bumped into,  I used to sing one year ago, now it almost makes me smile when I get stepped on the foot with no apologies in the metro, not a crooked sneer, no, a genuine warm smile. I love you, you who struggles and complains, you who strives to succeed and enjoy in this wounded world of ours, you French asshole, you friend of mine. It’s been a while I said this, and even longer that I felt it: it’s good to be back.

Dans l’euphorie des jours de gris! There is no walking in this city where walls stick to your skin and time is a ever-shrinking concept. There is only running, and you soon have to accept that you’re always going to be late and be a permanent deceiver to everyone. I  managed to fit in some decent catching-up with old companions though, even if sometimes in the unsastisfactory form of rushed chatter on subway seats or in the narrow line at a grocery store.

After restless jet-lagged nights in Montmartre filled with repeated nightmares/daymares of giant sharks eating up the world (wow) and checking on the bookstores hosting my books to retrieve my millions of euros, I finally reached the time of my exciting first gig of the tour, at the Mo’Fo Festival.

The hip indie fest was on the pleasant side of cool for the most part, even if I found the audiences disturbingly quiet (in an analytical “should i like this ?” or even “do i have the right to appreciate this act ?” kind of way, looking around to see if the others enjoy it) and fond of mild applause. It felt like not even a third of the people in the room cared to put their hands together after each song, probably an epidemy of hand blisters prevented them from showing their enthusiasm, though I personally wouldn’t vote for that option. But at least they shut the eff up, which is great. I loved the Matt Elliot set, making a smart and tasteful use of looping pedals, and the Tender Forever set, sort of a cheap/alternative Beyoncé in an awesome way. She delivered some heartfelt songs and interspersed her dancey numbers with bold comments on politics full of lesbian pride. She even did some live improvised singing-commenting of some “headbanging” viral videos her brother had just sent her, which was surprisingly entertaining though somewhat risqué.

I missed the last subway after talking with all the nice staff members of Les Boutiques Sonores and tried to help a achingly-drunk handicapped fellow who was crying on the groung to find a cab, but when he realized I wasn’t quite sure which way to go, he told me to go fuck my mom so I let it go after a few waves of insults.

It was then time to hop in Sammy’s van with his dog Cinto panting on the backseat and some good ol’ Patsy Cline on, and head northward, to Lille! But you’ll know more about it very soon…

POUR FAIRE CHANTER DES CARILLONS DE BLEUS VENUS DU NORD
(7 Février)

Capitaines d’un brise-larmes

Traversée de la Belgique en bavant dans ma sieste. J’écarquille les pupilles et voici Liège sous la neige, retrouvant avec surprise cette poudre complice que je pensais quitter pour de bon sur le tarmac de l’aéroport de Montréal. La météo annonce la couleur de toute façon: le début de mon voyage sera une véritable vadrouille au royaume des glaces, avec un vent au cutter qui aime me ramener à ma fragilité des joues. Ce soir-là, nous chantons à tue-tête et tapons de la basket sur la scène d’une péniche qui fuit (du toit, heureusement), amarrée sur le quai joliment pavé le long d’une Meuse qui tanguait light. La chaleureuse équipe de Liège 3015 a travaillé fort pour rassembler une petite foule attentive et intergénérationnelle, et je m’excite comme un enfant à l’idée de montrer ma came. C’est devant eux que je pénètre officiellement dans mes chansons depuis l’entame du périple, ravi du déclic un peu tardif de ma musique en mode live, après des sets peu inspirés et précipités au Mofo et au Café Diskaire. Décidemment frustré de ne pouvoir communiquer directement avec les locaux dans la langue de nos aïeux, et inspiré par les talents francophages de mon compagnon de médiator, j’insère des slams érotiques et autres bafouilles poéticomiques dans mon spectacle. Cela fait respirer mon set anglophone et me permet d’exprimer décemment mes angoisses et autres trouvailles de post-adolescent.

Le lendemain matin, en compagnie du généreux Didier, quelques secrets, recoins et ruelles de la ville nous sont révélés au compte-goutte de son enthousiasme bien informé: familles entières de bourgeois brûlées dans une église cadenassée par des guildes mécontentes, rémanences de l’hostilité flamande/wallonne, délires architecturaux du prince-évêque déchu et autres anecdotes du cru. Il nous présente aux charmes du “carré”, ainsi qu’à la déco psychédélique du légendaire repaire estudiantin le Pot-au-Lait (citation  du flyer de la programmation du lieu déjanté: “Les bons conseils de mon onc’ pol: voici une recette simple pour empêcher votre petit ami de ronfler. il suffit de lui écarter les cuisses. Dans cette position, les testicules sollicitées par la pesanteur tombent, obstruant l’orifice de l’anus. Le tirage est coupé. Il ne ronfle plus.”). Il nous enseigne aussi le régal des “boulets” à la sauce “lapin” (boulettes de viande énormes roulées dans la farine et poêlées avec de la cassonade, des oignons, un vrai délice d’hiver). On nous raconte un carnaval liègeois qui n’a rien à envier à Rio de Janeiro, avec le vomis qui coule à flots le long des processions de cancres guindailleurs, émergeant de leurs “kots” (chambres-taudis d’étudiants) pour plonger dans le zwart (le “noir” de la rue festive).

On la r’fait! Lille, le retour de la vengeance

Retour dans un fief lillois sub-zéroien (sans se gourer en passant par Bruxelles comme à l’aller, ignorant les traductions flamandes des noms de villes sur les panneaux de signalisation) pour atteindre le Peek-a-boo et sa faune nyctalope.Vintage 50’s sans les clichés classiques, le lieu exigü se présente vite comme un bar de quartier familial à la patronne mélomane et réglo. L’espace est étroit et séparé comme souvent entre les curieux attentifs et les bavards alcoolisés, ces derniers frustrant les autres par leur vacarme étouffant nos voix et nos paroles. Heureusement, ce soir, nous prenons tous le bruit du bon côté : Isabelle, très classe, égrène ses jolies chansons sans faire vaciller sa concentration ; Sammy dispose d’autres stratagèmes de lutte, il ne se démonte pas et monte sur les tables en criant ; quant à moi, je dissémine ma prose sexualisante avec le sourire entre mes chansons épiques en angliche. Nous dormons à Lille chez un Arthur accueillant qui nous fait partager sa passion pour Simon Finn, folk-psyché obscur et oublié. Il vit à côté d’un bar-cantine de carnavaleux, la Chapelle, qui passe toute l’année non-stop uniquement de la musique de carnaval, devant lequel rôdent des jeunes aux mines patibulaires. Voici quelques perles de leur flyer dérobé pour la blague : “Vins faire tin carnaval toute l’année avec tous ché gins! à la Chapelle, sur l’comptoir tu choleras pas ! à la Chapelle, tin plus biau Klet’che tu mettras! à la Chapelle, les femmes sont mon oncle et les hommes sont ma tante!”.  Je vois un guitare dans un coin du salon d’Arthur sur laquelle est écrit au marqueur noir “I bought this guitar to pledge my love to you“, parole mythique s’il en est du Bill “Smog” Callahan.  En revoyant cette phrase, j’en ressens la pertinence comme un uppercut, vivant pleinement en ce moment cette tension essentielle de générosité dans ce voyage improbable qui nous pousse à braver des publics tranges et étrangers pour leur parler d’amour, du nôtre et du leur, comme une urgence dans cette cellule de crise.

On nous raconte les tribulalations véridiques d’un mauvais magicien qui a joué dans un film porno local intitulé “Bienvenue chez les Ch’tites”. On nous dit que les clochards meurent en réalité beaucoup plus l’été que l’hiver en raison des maladies contractées dans le froid. Les belles rencontres s’empilent et forment un beau collier, et le sentiment bienvenu de connexion avec ma propre musique s’installe et s’intensifie.

Sammy ayant vécu dans le coin, nous allons rendre visite à ses anciens voisins qui nous invitent tous comme si nous étions le sang de leur sang. Pendant notre séjour dans le Nord, les gens semblaient se sentir investis de la mission de confirmer la légende que les gens du du Nord étaient accueillants et savaient se montrer convaincants à grands renforts d’arguments gastronomiques et avineux. Quel plaisir de me retrouver au sein de la “bonne franquette” décontractée et de ses éléments relativement absents de la culture de la table canadienne: corbeille de pain et plateau de fromages pour n’en citer que deux plutôt représentatifs! Glissant mes pieds meurtris sous des tables garnies de mets locaux, de saucissons en patates douces, de flans en pâtés, je redécouvre l’art de manger en prenant le temps, passe-moi le sel, vous avez de la moutarde ? on se régale, merci vraiment. Sur un autre terrain chauvinistique, je me demande quand même par quel plaisir malsain je me retrouve à jubiler devant la grandiloquence des Géant Casino de mon pays d’enfance, jusqu’à apprécier la revisite de ces labyrinthes aseptisés! C’est aussi singulier de ressentir un tel confort en revoyant mes gaufres au chocolat préférées dans les étals des stations-service, there’s nothing like home, indeed.

En raison d’une batterie frileuse et d’une météo coriace, Sammy met le réveil et se lève à 6h du matin pour démarrer le Chrysler Voyager qui nous joue des tours fréquemment en ne se démarrant pas. Cela constitue notre petite frayeur matinale en motif récurrent, qui nous a valu une visite chez Norauto et quelques frissons supplémentaires. Quelques mots d’ailleurs sur les carences de notre précieux carrosse, hormis ces désagréments: nous devons tous rentrer par la portière conducteur, qui est la seule qui s’ouvre, ce qui implique des crapahutages et l’ostension fréquente de la couleur de nos caleçons ; le système électrique général craint à mort tel que lorsqu’on baisse la vitre avec la commande électrique, cela coupe la chique à la musique (évidemment, nous oublions des fois cet affreux lien de cause à effet et on ruine à l’insu de notre plein gré le pic dramatique d’une super chanson en voulant payer le péage: “Et meeerde”) ; il faut laisser le doigt appuyé sur l’allume-cigares tout le temps de son allumage, ce qui laisse le motif du bouton imprimé sur l’index lorsqu’on veut faire nos Clint Eastwood en crapotant des cigarillos vanillés ; un balai doit tenir le coffre ouvert car il ne tient plus tout seul, ce qui fait toujours effet “épée de Damoclès” en mode porte blindée sympa quand on décharge l’ampli. Au-delà de ces dysfonctionnements légers et sujets à plaisanteries redondantes, la bête bouffe du kilomètre sans rechigner, poussée par la country mauve de Jeff Bridges ou le flow de Busta Rhymes, et je lui tire bien bas la casquette. Long may you run.

Normalement, c’est pas mon truc, les plans à Troyes…

Coïncidence étrange, le 3 Février, nous partions à trois (en comptant le Cinto, fidèle passager canin) à Troyes, coquette ville médiévale aux beaux restes de maisons en colombages, fortifications restaurées et vieilles rues pavées. Je m’attendais à un bled sans relief et j’y ai trouvé une ville d’histoire et de caractère. Le Bougnat des Pouilles est un restaurant/bar à vins bondé et agréable, on m’y laisse boire mon traditionnel litre de Coca (en vraie star du mouvement straight-edge) et on nous gave de saucissons et fromages de la région. La scène étant située le long du principal couloir de passage entre les diverses salles boisées du complexe de la night, nous voyons défiler juste devant nous les kakous aux cheveux courts et laqués qui débarquent au fur et à mesure, attendant patiemment que la taverne opère sa mutation en boîte de nuit avec le Deejay local. Ils nous font méchamment sentir dans leurs regards et ricanements crétins quelque chose du genre : “dégagez, les ringards à guitare”, résistance implicite que j’apprécie beaucoup. Cette configuration s’avère vite cocasse, surtout quand les serveurs occultent notre vue du public et braillent à 2 cm de notre manche de guitare : “C’est pour qui, les tartinettes?” ou “Sabine, un café pour la 3!”. Cela donne d’ailleurs lieu à une péripétie plutôt drôle: Sammy, pris dans une des transes de rockeur dont il détient le secret, lance un coup de jambe qui manque d’éborgner une serveuse déjà peu enjouée par le bordel ambiant, coincée entre des folkeux qui schlinguent et qui montent sur les chaises en braillant et les jeunes branleurs du coin qui exigent leur troisième pichet de bièrasse.

Il n’est pas toujours évident d’être pris au sérieux, voir de se prendre soi-même au sérieux quand on joue dans un lieu si peu adapté à notre musique, au creux d’une foule hétéroclite, partagé entre ceux venus pour découvrir une musique inconnue (quelle idée!) et les autres aux motivations cumulables : drague, drogue, déconne, bouffe, bière et frime. Nous nous en sortons pas mal au final, grâce à un second degré éprouvé et une conscience professionnelle solide, mais il fut bon d’oublier et dissoudre mes trimages du soir dans le matage éhonté des “Confessions Intimes” de TF1 une fois rendu à l’hôtel.

Le lendemain, nous reprenons les nationales et je me trouve vite à aimer regarder la fumée des usines danser dans le ciel clair de l’hiver. Dans cette France de l’interstice, nous traversons des patelins fantômes de Franche-Comté (Gourgeon, Noidans, Villersexel…que de villages aux charmes vaporeux!), nous longeons des marais semi-glacés qui ressemblent à des flaques de salive et nous tombons sur un supermarché “Corluyt” frigorifié avec cette caissière éteinte qui nous tend une facture-devis en format A4 pour 5 euros de Haribos…Nous naviguons fluidement dans la chaude lumière qui baigne la haute-vallée de l’Aube, jaune tendance orange, avisant quelques fois des silos désaffectés et autres garages abandonnés qui dénotent une ambiance post-industrielle pour le moins sympathique.

Mules + Loose = Alsassholes

Après un circuit sans-faute, il fallait évidemment que les tuiles commencent à se pointer dans le décor. Nous fûmes rapidement minés par un accueil de glace dans une ville de Mulhouse, il faut le bien dire, hideuse et labyrintique. Le patron nous a fait déguster une spécialité alsacienne avant même notre arrivée lorsque nous cherchions son bar, en nous déconseillant au téléphone de demander notre chemin à des “casquettes” qui ne connaîtront sûrement pas le centre historique vu qu’ils ne viennent pas vraiment d’ici. J’ai rebaptisé pour l’occasion mon compagnon Samir Da Costa, un mix portugais/marocain histoire de déstabiliser les xénos potentiels et essayer de rigoler un peu du fait que nous nous trouvions désormais dans la terre d’origine des groupes de punk néo-nazis, aux chansons potaches du genre “Mohammed, mouche à merde” et j’en passe. Il faut dire qu’en interrogeant une casquette, erreur impardonnable, nous eûmes une réponse pour le moins cocasse : “Le Greffier ? J’sais pas.. c’est tribunal ça!”, et de se barrer comme un voleur avec ses potes apathiques, la bouche collée dans un kebab. On se serait crus dans une page de “La Vie Secrète des Jeunes” de Sattouf, qui a le don de photographier en BD les jeunes beurs dans ce genre de situations peu avantageuses. Enfin bref, les rares êtres humains croisés dans les rues (un samedi à 19h en centre-ville, rappel) n’avaient aucune envie de nous aider et préféraient s’amuser soit à nous égarer, soit à nous donner des réponses vagues et inutiles, soit à nous faire attendre 5 minutes pour finalement avouer qu’ils n’en avaient aucune idée, soit à carrément nous ignorer dès que je baissais la vitre (mon préféré). Faut dire qu’on faisait un peu gitans avec le boxer qui aboie sur la banquette arrière, mais bon, il paraît qu’il faut aider son prochain, même s’il n’est pas rasé de près.

Mais les milieux hostiles, ça on connaît, comme disait Kool Shen, et tant bien que mal, nous avons tenté ce soir-là de faire vivre nos chansons entre les beuglements d’une jeunesse avinée et les papotements de quarantenaires majoritairement désintéréssés. Quelques oreilles curieuses étaient aux aguets comme toujours (les fous), hélas troublés dans leur écoute par la cacophonie ambiante. Sammy est monté sur un tabouret et a fait fuire un groupe de mecs qui essayaient, avec beaucoup de réussite, de tous se ressembler. J’entendis l’un deux, visiblement remonté, miauler en se dirigeant vers la sortie : “Il a marché sur mon pull”. Un mec dit à Sammy que ce qu’il fait est super cool et ressemble à du “Jimmy Cash”.

Pina nous avait régalé avant l’attaque des festivités avec des mets typiques (Fleischnacka, un escargot de viande et des Spatzle, sans parler de la saucisse Viennerla, moins fine que la strasbourgeoise, allez savoir pourquoi), et la famille tenant la maison nous a traité comme des coqs en pape. On nous raconte le mépris condescendant des gens du Bas-Rhin pour cette région prolétaire, le manque de tribunes pour les groupes de compositions originales dans la région (même constat triste qu’aux US, on veut entendre “Stairway to Heaven”). Ce soir-là, j’ai cru entendre un fantôme de fillette ricaner dans un des angles lovecraftiens de la bicoque, mais c’était sûrement les rires gras de la meute du bar qui résonnaient encore dans mon crâne. Sur scène, quand j’évoque Toulouse, un mec me crie “Toulouse-Mulhouse, même combat!” à quoi je réponds que oui, il y a effectivement une connection entre ces deux mots: c’est la loose, ce qui n’a fait rire que moi (ce qui est déjà beaucoup). Des filles britanniques assistantes-enseignantes en anglais viennent nous voir à la fin, avec l’envie manifeste de s’exprimer sur le calvaire qu’elles endurent dans cette ville de morts-vivants saoûlards et/ou neurasthéniques. Nous compatissons, impuissants, n’ayant eu qu’à offrir une modeste soirée de divertissement acoustique pour leur faire oublier le néant culturel qu’elles habitent. Cela confirme l’impression de malaise qui s’est rapidement installée dès notre débarquement dans la cité maudite. Oui, vous direz, je ne ménage pas mon texte question généralité, mais il est question d’émotions primaires ici et non de dossier journalistique nuancé sur la ville de Mulhouse! 2012, l’année du blues à Mulhouse.

Dire que nos ancêtres ont perdu leurs vies empalés sur des baïonnettes de Prussiens pour garder ce lopin de terre désagréable! Les Allemands auraient sûrement fait meilleur usage de ce coin qui nous a divisé si longtemps bêtement et terriblement : Freiburg, de l’autre côté de la frontière, est un contre-exemple flagrant en terme de cachet et d’accueil de la population si mes souvenirs de Schulereisen sont bons. Il fit bon de quitter le navire après une douche karchër, un soulagement comme on en fait plus. Le contraste avec la Bourgogne, avec ses bâtisses charmantes et  ses vignobles vallonnés, fut étonnant.  Difficile de rivaliser avec la gueule d’un Meursault, avec la pierre de Chagny, avec le cachet d’un Santenay! Sammy me déposait à Beaune en escale familiale mais c’est une autre histoire, tournant pour l’instant avec un sourire en coin la  première page de la tournée d’hiver..

DE LA MUSIQUE DE FEES D’HIVER
(15 Février)

Un appétit de Lyon (ou Da Dou Rhône Rhône)

Après avoir gagné mon quignon dans le Beaujolais en jetant des ceps dans un godet de tracteur (vivant ainsi de près la tragédie de l’arrachage de nos vignobles qui ne vendent plus), j’atteins Lyon en pleine secousse polaire. Isabelle et moi jouons ce soir là à la Boulangerie du Prado, ancienne boulangerie reconvertie en salle de spectacles au fonctionnement associatif, implantée depuis dix ans dans le quartier vivant et coloré de la Guillotière. La réputation du lieu comme espace potentiel de belles surprises est assez établie pour qu’elle draine rapidement au chaud une petite troupe d’habitués, ainsi que quelques chalands intrigués par l’activité intérieure en raison d’une immense vitrine d’origine donnant directement sur la rue. Mais il faudrait nuancer ce « au chaud » : haute de plafond et murée avec de la grosse pierre centenaire, la salle fut hélas une véritable chambre froide pendant toute la soirée, malgré les radiateurs installés tôt le matin par l’excellente équipe organisatrice afin d’élever la température.

Les mains sous les cuisses et le nez dans l’écharpe, le public courageux tint bon malgré les conditions extrêmes, et je dois dire que j’eus paradoxalement affaire au public le plus interactif so far, de rires gras à mes blagues en hochements de têtes à mes rythmes, le courant passa, fluide et fertile. Voici un bon exemple de cet échange réussi : lorsque je regrette au micro de ne pas avoir apporté mon accordéon diatonique qui m’aurait permis de jouer un réel québécois aux vertus calorifères, une jeune fille s’approche de la scène, m’affuble d’un flatteur « Monsieur » et se propose d’aller chercher le sien. Elle s’éclipse donc et ramène une chanson plus tard un magnifique Hohner à mes pieds, sur lequel je m’empresse, non sans fébrilité, de tenter le « Reel du Cultivateur » qui provoque quelques tapements de mains enjoués et semble participer du désengourdissement de l’ambiance. Situé à côté du plus grand foyer de sans-abri de la région, le spectacle attire un sans –abri bavard et féru d’interactivité lui aussi, me pressant un dynamisant « Lâche-toi ! » (ce que j’avais bien l’intention de faire de toute façon) ou demandant à Isabelle de jouer « Petite Marie ». Au final, une belle soirée agrémentée de rencontres agréables malgré un climat pénible qui présageait un concert difficile. Une fois de plus, la collision d’un public mélomane et de prestations inspirées, associée à une équipe associative solide et enthousiaste, permettait de déjouer les sombres augures !

Larmes et cycles de St-Etienne (ou Mineurs dansants et tristes mines)

Pour la première fois depuis le début du voyage, j’embarquais seul dans un TER en direction de ma prochaine destination, traversant des hameaux charmants aux toits sucre-glacés. Pris par le même terrible blizzard qui s’était emparé de Lyon, les rues de St-Etienne se révélèrent vides et plutôt sordides au gré des arrêts du tramway grinçant qui m’amenait vers le Remue-Méninges, où je retrouvais Isabelle/Pollyanna pour notre dernier concert ensemble, en compagnie de Boy et d’Angil & The Hidden Tracks. Une bénévole de la salle s’affairait à décongeler les tuyaux d’arrivée d’eau des toilettes, debout sur une chaise à l’aide d’un sèche-cheveux. Après des balances prometteuses, nous partîmes déguster de succulentes quiches maison dans l’appartement au dessus du café-concert, ce qui fut l’occasion de faire connaissance avec les musiciens talentueux et chaleureux du groupe de Mickaël/Angil, qui interprétèrent ce soir-là en formation réduite les chansons épiques de leur nouvel album «Now ».  En raison de baisses de tension dues au froid décidemment destructeur, nous dûmes souvent manger dans une obscurité assez drôle, nous aidant de nos écrans de portable pour choisir notre prochain morceau de pizza. Les caprices du système électrique nous mirent rapidement face à un dilemme ravageur : vaut-il mieux réchauffer la soupe ou manger avec de la lumière ? Au final, ce fut comme toujours un compromis : soupe tiède et éclairage sporadique, précipitant notre toute récente mise en relation vers une intimité maladroite arrivant un peu tôt dans le processus naturel d’amicalisation.

Le lieu convivial, faisant office à la fois de bar de quartier, de salle de concerts indépendants et de salon de thé/librairie alternative combinait comme à Lyon les publics : étudiants mélomanes, couples curieux, petites familles en sortie du samedi et célibataires en mode chasseur. Classiquement, le volume sonore de la petite foule augmenta proportionnellement avec le degré d’alcoolisation, et j’eus hélas pour la première fois affaire à une saoûlarde récalcitrante, qui récidivait sans honte dans le dépôt de sa bièrasse sur mes livres de poésie exposés à l’entrée ! La salle à la configuration étrange sépara rapidement trois publics, ceux venus pour la musique (quelle drôle d’idée !) ramassés près de la scène sur les rares fauteuils confortables, ceux venus pour boire, parler et écouter d’une oreille distraite debout près du bar, et ceux venus pour s’avachir sur des canapés et avoir l’air vague de s’ennuyer, sans aucune espèce de connexion avec ce qui se passe dans le reste de la pièce… C’est toujours avec beaucoup d’amusement que je constate la répartition spatio-temporelle des gens pris dans une situation de concert, et l’éventail fascinant des comportements et des réactions face à la présence d’un « performeur » sur une scène.

Deux jeunes filles firent mon bonheur toute la soirée en dansant devant la scène pendant tout mon concert, improvisant des mouvements avec justesse selon les motifs, le tout étonnamment dans un grand respect de ma performance. A la fin, voyant que j’avais repéré leur chorégraphie spontanée et que je parlais d’elles au micro, elles se sont mises à interagir avec moi, à mon immense plaisir. Lorsque je parlais d’amour en présentant Footsteps On The Stairs, elles se plantèrent tour à tour devant la scène avec le doigt levé, et lorsque je leur donnais l’autorisation de s’exprimer, se miren à débiter des aphorismes efficaces que je m’empressais de relayer. Je fus particulièrement ravi de cette loquacité juvénile qui  contrastait sévèrement avec l’apathie généralisée du public adulte qui ne bronchait à aucune de mes questions ou remarques désobligeantes. Quand j’ai affaire à ce genre d’étrange amorphie, je me demande si cela provient d’un trop grand respect de l’artiste piédestalé en France, qu’on ne saurait déranger, d’une timidité ou simplement d’un désintérêt total pour ce genre de communication. Toujours est-il que les Français ont moins l’habitude  et l’aisance d’interagir avec leurs artistes que les américains, pros du « heckling » de fond de salle, et certains semblent vraiment regarder un concert comme ils regardent la télé, tendance neurasthénique. Enfin bref, afin de donner une nouvelle tribune à mes petites danseuses d’un soir, voici quelques exemples de leurs messages, dans toute l’imprécision du souvenir qu’il m’en reste : « C’est dessiner des cœurs qui est important » ; « Il faut aimer l’amour pour pouvoir aimer l’autre » ; « A la Claire Fontaine est surtout une chanson d’amour ».

Autre fait marquant de la soirée : un sérigraphe enthousiasmé par ma Salade de Crudités, et un tantinet flambeur, parvint à me convaincre de passer chez lui quelques mètres plus loin dans la rue pour me montrer avec une fierté sans pudeur les impressions qu’il a réalisé en collaboration avec d’autres artistes apparemment connus et reconnus. Cette virée impromptue fut une agréable surprise, en dépit de l’avalanche de noms propres que mon hôte se sentit tout de suite obligé d’asséner, dans l’espoir naïf de m’impressionner. J’essayai bien de lui faire comprendre que peu importait les gens qu’il connaissait et avec qui il avait travaillé, c’était le contenu qui comptait pour moi, mais il était déjà pris dans son tourbillon des grandeurs. J’avais là affaire à un de ces vieux collectionneurs pris par cette maladie tout de même bien française : l’amour de l’étiquette, le triste réflexe du « name-dropping », l’obsession de la reconnaissance des pairs !

Après cet épisode stéphanois mouvementé, je rejoins Sammy dans sa charmante maison des pré-alpes Grenobloises afin de prendre un break avant notre périple sudiste. Entre le calme ressourçant d’un village hibernant sous sa crôute de neige et la légère effervescence du troquet du coin où je taquine le flipper « Iron Man » et retrouve les joies du baby-foot, j’apprécie une pause confortable dans les vallons en compagnie de Son House et de Van Zandt. Confortable notamment grâce au rebondissant matelas  Carrefour gonflé avec la machine branchée sur l’allume-cigares du Chrysler en pleine nuit à -10. Après avoir regardé Elvis embrasser les femmes du public qui font leur queue pour la galoche du King à Las Vegas, écouté 234 albums excellents issus de la discographie de Sammy, et entretenu la calle du bout de mes doigts sur les cordes usées d’une guitare 12 cordes vintage, il va déjà bientôt être temps de recharger la voiture, de faire le plein de HariboÒ, et d’actualiser l’Ipod pour se remettre en ture pour de nouvelles avenroutes !

FIEVRES SUDISTES, ENTRE-COTES ET WEST COAST
(3 Mars)

Mille excuses aux lecteurs fidèles de ce carnet tribulatif : j’ai été contraint de laisser ce blog en friche, pris dans la joyeuse tourmente d’une tournée qui a soudainement accéléré. Entre deux clic-clacs et sièges de seconde classe, j’ai pu néanmoins vous bricoler un bref récapitulatif des dernières étapes de mon tour de france, au gré d’ordis empruntés à des gracieux hôtes ou aux bibliothèques publiques. Le temps et l’accès au clavier me manquent hélas pour vous en dire plus et mieux (vous me pardonnerez le style parfois télégraphique et austère du récit) mais j’ose espérer que cela parviendra à contenter vos appétits voraces. J’opèrerai sûrement des corrections, améliorations et étoffements lorsque j’en aurai l’occasion sereine.

En escale dans un Nantes solaire, me préparant à entamer le sprint final de cette tournée euphorisante (c’est bien la première fois que je me permets d’accoler ce substantif à ce qualificatif), je m’efforce de ne pas perdre mon souffle épique et d’habiter mes chansons comme il se doit, malgré l’ingestion nécessaire de Lysopadol et autres Nurofen pour tuer dans l’oeuf un virus gênant. Vous aurez le compte-rendu de NantesLe Havre, RouenCaen et Paris dès ma re-sédentarisation, je m’engage solennellement à ne pas vous faire autant patienter ce coup-ci.

Marseille (ou Une voix-scène dans un port sain)

Après une descente douce vers le Sud dans l’air échaudé d’un printemps précoce, notre Chrysler Voyager décide de ne plus voyager : les freins se mettent en grève sur le Vieux-Port. Récupéré par un copain de Sammy enthousiaste, nous filons à travers les ruelles étroites et électriques de Marseille, arrivant à temps pour les balances au Lounge, petite salle tout à fait Lynchienne: rideaux rouges, personnages peu bavards, musique sombre et lancinante. Les ingrédients étaient déjà là pour une soirée mémorable, notamment grâce à un groupe local qui promettait une belle découverte/prise de risques. Le concert est déjà décrit ici alors je me la joue fainéant et vous renvoie donc à cette description. Le lendemain fut l’occasion d’errer dans les charmants quartiers de Noailles, du Panier et surtout de découvrir la Friche de la Belle de Mai et de visiter les locaux légendaires de l’excellente maison d’édition d’avant-garde graphique Le Dernier Cri.

Nice, very Nice

Dans un un Break généreusement prêté par l’occasion afin de poursuivre notre voyage motorisé, nous arrivons en retard dans un charmant appart’ de Nice-Nord pour un concert à domicile bien sympathique. Cinto s’excite un peu sur les auditeurs assis en tailleur sur des coussins, je profite de l’occasion intimiste pour essayer de nouveaux textes et Sammy fait péter You Can Run sur un bon vieux ghetto blaster. Nice est une sacrée belle cité et je m’émerveille en rare compagnie paternelle à chaque coin de rue. Le second concert le lendemain, dans le cadre chaleureux de la salle associative de la Zonmé (situé dans un lieu improbable et interstitiel de la culture, au dernier étage d’un ancien entrepôt de la Fnac) est tout à fait excellent et étonnamment bien rempli, partagé dans une partie électrique/sonorisée/suintante/medley et une partie acoustique/assis/collaborative/poéticotragique en mode songwriter’s circle avec Sammy. Vous trouverez de belles photos ici. L’asso Bloc Notes/Concerts à la maison a une fois de plus fait un super boulot et nous repartons de Nice heureux et forts de belles rencontres, échanges et interactions. J’irai même jusqu’à dire: pan bagna forever.

Back Toulouse

Quelque peu tendu pour un retour remuant en terres connues. Défilé de visages familiers. My Pulsing Compass interprété dans l’urgence en mode jam improvisé avec les très jouasses et énergiques Odran Trümmel. Duo de The Quiet Escape avec Renaud au piano, un vieux compagnon de la chanson datant de ma période crétacé avec le combo ska-punk Urus Raïdho (qui se souvient aujourd’hui du refrain de notre chanson subversive aux paroles étoffées : Peace for world / and fuck the lord / Change salvation / For human nation…). Nourri et accueilli comme des coqs en pape par le staff jovial de La Centrifugeuse, j’étais mis dans les meilleures conditions pour un bon concert mais la scène surélevée et les gros projecteurs me masquant les visages et les sons du public m’ont empêché de bien interagir, au-delà du déjà difficile exercice du retour à la maison. Les Odran Trümmel avaient la Kangoo blindée alors j’attaquais un parcours parallèle en train pour les rejoindre à Bordeaux pour la suite de notre tournée Another Record...

Bordeaux, étrange millésime

Une fois les retrouvailles orchestrées avec les boys après mon épisode de solitude ferroviaire, concert sauvage dans l’indifférence générale place de la Victoire avec les Odran Trümmel (quasiment personne ne s’arrête pour écouter, zéro piécette et une jeune nous propose la voix pleine de pitié un thermos de café comme si nous étions des mendiants), l’occasion cependant de répéter quelques chansons sur les drôles mini-amplis du groupe. Le Chicho, nouvelle mecque indé, est carrément bipolaire, et le contraste entre la taverne à burritos à la déco désinvolte du dessus et la grotte humide au plancher collant me rappelle les salles improbables étasuniennes, sorte d’interstice étrange de la pizzeria de quartier, du bar et de la salle de concert alternative. Pendant un bref entrevue avec une charmante blogueuse locale, un inconnu demande à s’asseoir à notre table en terrasse et commence à débiter des choses étranges pendant que je parle, me relançant un peu plus dans mon rappel américain. Le climax de sa présence volontairement perturbante est atteint quand il vient brusquement me toucher la mèche sans m’en demander l’autorisation alors que je réponds à une question, dieu merci nous approchions de la fin de l’entrevue et je peux me sortir des griffes glauques de l’hurluberlu, bonjour l’ambiance!

Le concert du soir sera la première et seule vraie déception du voyage, auguré déjà dans ce que j’ai commencé à décrire. Le staff du restau n’en a manifestement pas grand-chose à foutre, nous jette une empanada trop grillée et persiste à nous appeler “les zicos” comme on siffle les chiens ; le groupe local est majoritairement composé de vieux rockeurs “garage” clichés et blasés (j’espère ne pas finir quarantenaire en Converse neuves, tirant la gueule, la clope au bec, avec les cheveux laqués et les doigts jaunis), jouant évidemment un set bourrin et vacarmesque bourré de riffs repiqués. Les Odran Trümmel me foutent bien la claque, et je pénètre avec délectation dans l’univers immense de leur musique. Pendant mon concert, je subis l’arrivée d’un groupe de jeunes alcoolisées qui foutent bien le bordel, braillant à répétition le bon vieux “à poil!” et autres délicatesses, sortant les briquets pour les chansons calmes et dansant n’importe comment pendant les chansons énervées, dans un esprit “foutage de gueule” qui pollue l’écoute du reste du public ramassé dans cette cave humide et enfumée. Je m’efforce de dissimuler mon irritation croissante et de faire le concert en occultant leur présence parasite, mais je me lasse vite et perds trop souvent le contrôle du concert, j’en tire de bonnes leçons pour le futur! Le spectacle de Niort étant annulé à la dernière minute (les risques du booking amateur), je me ressource heureusement le lendemain à Angoulême, notamment grâce à une expo Spiegelman réussie sur l’histoire de la BD.

(ouvert à double) Tours

Arrivée en trombe dans un redoux mérité. Yurie Hu, violoniste ami d’ami d’ami jamais rencontrée, me retrouve à la gare et nous partons immédiatement dans un local de son école de musique pour répéter en 40 minutes The End Of Me, que nous avions prévu de jouer ensemble pour le concert aux Joulins du lendemain. Impressionné par ses facultés d’écoute et d’adaptation et surtout par son jeu versatile et subtil, il me paraît vite évident qu’elle devrait m’accompagner pour la session acoustique prévue à Radio Béton, et nous embarquons dans les bouchons en bus pour rejoindre la tour mythique de la radio associative locale juste à temps pour être en direct. Accueilli par une animatrice érudite sur les starting-blocs, l’enthousiasme désormais légendaire des Odran Trümmel  et un bol de marshmallows bienvenus, j’étais en place pour une session bien agréable comme en témoigne ceci et cela.

Cette nuit-là, décanillage de zombies en mode coopératif dans le tard de la nuit avec l’exquis Franck de Another Record. Le lendemain, concert sauvage sur la place du Monstre, quelques poussettes s’attardent. Les amas de chair juvénile ont la vomissure facile sur la place “Plume” et les petites rues pavées du dédale médiéval sont le lieu de scènes éthyliques où les adolescentes se battent pour leur parité alcoolique, une bouteille à la main et l’autre à la mer. Ce premier séjour tourangeau très agréable fut l’occasion de rencontrer la charmante équipe du label associatif Another Record qui m’a aidé à sortir Long Time No Sea, et de goûter à leur approche solide et conviviale de l’accueil des artistes, d’hébergement en repas maison hors pair.

Le concert aux Joulins du samedi soir fut excellent, et après avoir joué en pull/veste pendant longtemps, il fut délicieux de retrouver le goût de la sueur venant imbiber la lèvre supérieure. Quelle joie de retrouver ces sensations de doigts qui glissent sur le corps de guitare trempé, les tempes perlées et autres manifestations mouillées du folk’n’roll collectif éphémère du groupe The Keys version 24 que formaient les Odran Trümmel et Yurie en grande forme. (voir vidéos ci-dessous) Ils me firent aussi le plaisir de fournir un background musical très soyeux pour une récitation de poèmes bien crus. Intéressant aussi de voir ce repaire de curieux de la musique de tous âges devenir le réservoir/refuge de la faune soiffarde et juvénile de la ville à partir de 2h, changement d’ambiance et véritable passement de flambeau!

* * * The Keys – Tours (Les Joulins) – Samedi 25 Février 2012  * * *

The End Of Me (w/ Yurie Hu & Odran Trümmel) 
Where Is My Miracle ? (w/ Yurie Hu & Odran Trümmel)
The Last Laugh

Angers

Contre les pronostics traditionnels du dimanche soir en province, ce fut une magnifique soirée. Retrouvant Sammy qui débarquait de Brest dans son camion prêté “Allô glaçons” (suite des aventures du Chrysler: il a pu le ramener de Marseille en escargot sur la file de droite grâce à un système obscur de pince placée sur une pièce qui permet de récupérer temporairement une partie des freins, astuce donnée par un aficionado des “Cricri” sur le forum Chysler, ô joie d’Internet), le concert était une sorte de réunion musicale des groupes ayant partagé la route et la scène avec moi ces dernières semaines. Accueilli à Un Brin Folk (restaurant gastronomique et convivial transformé en salle de concerts confortable et insolite une fois par mois par les proprios passionnés) par une overdose de chaleur humaine et de délices locaux, de charcuteries en fromages de luxe sur pain bio, nous ne pouvions que nous montrer généreux face à un public multigénérationnel, extrêmement attentif et doté d’une minorité particulièrement énergique tapant dans les mains, hochant de la tête, chantant même parfois. Je ressens des montées de nostalgie anticipée me picoter les yeux en voyant Sammy jouer ses magnifiques ballades en français et en étant rejoint par Andy, Fabien et Odran. Fabien a les doigts en sang à force taper sur son cajon (siège/percussion latino-américaine) qu’il repeint progressivement en rouge de ses giclures. Odran a de la cale qui ressemble à des mycoses, j’ai le bras droit ankylosé et la gorge qui accroche. Après les tartines du patron, je regarde le cul de la Kangoo avec mes nouveaux potes disparaître dans la douceur de la nuit angevine. Le lendemain, c’est les fesses blanchâtres du camion de Sammy que je scrute en souriant, lorsqu’il me dépose sur les rails vers Nantes, où je m’autorise deux jours de repos/découverte avant la dernière ligne droite.

DANS L’EUPHORIE DES TROUS NORMANDS
(10 Mars)

Chers amis,

Après plus d’un mois de pérégrinations musicales, me voilà de retour en terres familiales dans la Haute-Garonne, digéreant lentement mon retour en terres francophiles en préparation de nouvelles aventures (ma vie à Montréal est pour l’instant interrompue, je vous passe évidemment les détails administratifs du retour d’exil). Je rentre profondément ravi de cette tournée en montagnes russes, ayant rencontré pléthore de musiciens inspirants et de mélomanes enthousiastes. En termes de numérologie, mon compte est bon: 3500 kilomètres, 21 concerts, 13 canettes de Coca de station-service, 0 trains ratés, 6 médiators perdus, 3 cassés et 4 volés/trouvés, 0 cordes cassées en plein concert, 1 guitare cassée en plein concert, 28% de blagues réussies au micro…

Etant donné que l’écart est désormais bien creusé entre les derniers évènements de cette tournée et le moment où je vous les relate avec un certain retard, je ne peux vous offrir qu’un bref panorama des derniers concerts, à la modeste mesure de ma mémoire:

Le Violon Dingue de Nantes se présente vite comme un lieu de luxe indé qui sent bon la bohême. On imagine facilement toutes les cohortes de groupes “alternatifs” ayant posé leurs guitares abîmées et leurs sacs à dos troués sur cette petite scène de café-concert apparemment mythique. Mary nous y accueille comme des chefs gaulois, nous avons même le droit de manger au restaurant italien d’en face! Malgré un optimisme à toute épreuve, il faut reconnaître que la salle est plus vide que pleine ce soir-là hélas, mais Yann (de My North Eye, avec qui je commence alors une petite tournée du far ouest) et moi parvenons à faire passer nos messages musicaux dans cette sécheresse spectratrice.

Le concert de Rouen s’avère en contraste très moite, le public en masse blindant rapidement un espace déjà torride. L’équipe de l’association Europe & Co. et le patron du Shari Vari assurent un accueil impeccable, avec des mots encourageants et des mets finement cuisinés. Yann et moi faisons ce soir-là la première partie de Vandaveer, formation pop-folk amerloque qui penche un peu trop du côté RTL2 (“le SON pop-rock”) à mon goût mais les mecs sont sympathiques et leur musique évidemment pas désagréable à entendre. Le contraste avec le set de Yann/My North Eye qui prend définitivement aux tripes est saisissant. A force de l’entendre, je rentre de plus en plus dans son univers sombre et habité, qui parvient à évoquer sa vie de façon brute et imagée en mélangeant chansons et expérimentations sonores. Dans une ambiance semi-électrique, je m’efforce de m’adresser à la petite centaine de gens en face de moi, malgré une attention diffuse et une réactivité laborieuse. Il faut dire que la micro-géographie du lieu est peu adaptée et confortable, pour les buveurs/dragueurs comme pour les buveurs/auditeurs, les uns gênant les autres par une promiscuité inévitable.

Au Havre, Yann et moi brayons nos mots malades dans le sous-sol d’un pub irlandais, seule scène de musique “live” de la parfois surnommée “Stalingrad-Sur-Mer” (en raison d’une reconstruction quasi-totale de la ville historique avec une symétrie et une esthétique américano-soviétique glaciale à la suite des bombardements de la Seconde Guerre Mondiale) dans cette période de transition étrange qui prive les aficionados de musique de tribune adéquate. Le groupe local We termine la soirée en envoyant la sauce pop-rock avec une chanteuse énergique, de jolies rencontres en pagaille s’ensuivent après les festivités: une fille me bise les joues pour compenser les 5 euros qui lui manquent pour s’offrir mon album, un charmant punk de la vieille garde locale plus tard me fera un bisou dans la rue juste parce qu’il a bu et qu’il est content. J’ignore encore lequel de ces deux baisers inattendus m’a le plus confus.

Le second concert est Tours est du genre euphorisant, dans cette petive cave humide et confidentielle où les spectateurs debout, en manteaux, à 50 cms de moi, me dévisagent avec curiosité. L’équipe du Salon Nyctalope est certifée “plaquée or et vernis de diamant”, du gratin dauphinois “homemade” dans la piaule du dessus jusqu’aux blagues potaches essaimées par le staff excité pendant le concert. Je découvre avec horreur que le cou de ma guitare est brisée après un parcours poétisant dans le public (plutôt drôle et étrange, récitation accompagnée par les bidouillages et beaths synthés de vintage du one-man showman Ressources Humaines, je vous conseille son excellent Smells Like Team Spirit). Côté cassure imprévue, les meilleur enquêteurs de Scotland Paillarde sont sur le coup mais le mystère persiste. Nulle inquiétude cependant, le vaillant luthier toulousain a depuis recollé l’affaire sans vider mon porte-monnaie, donc plus de frayeur que de mal sur ce mauvais coup de cou.

Ereinté et avec une voix de gravier, je traîne ma carcasse maganée un peu plus vers l’Océan. Je joue calmement, en ménageant les étincelles, un dimanche après-midi terne et pluvieux à Caen dans le salon du manoir normand grand-parental, devant des membres méconnus de ma famille, leurs amis et quelques voisins curieux. La plupart des spectateurs ne sont manifestement pas trop habitués à ce genre de situation de concert  intimiste, les applaudissement sont de fait courts et les réactions timides, cela crée un malaise général étonnamment agréable. Rapidement atteint par la fatigue accumulée de 5 concerts en 5 jours, je raccourcis mon set en remerciant la gentille assemblée, qui manifestera ce jour-là un intérêt inespéré pour mes produits artisanaux de poésie du terroir et des night-clubs.

Le concert final à Paris ne sera pas le feu d’artifices final escompté, en raison d’une meute de bar d’humeur vacarmante et de soucis techniques plutôt épais: le micro de guitare lâche pour de bon aux deux tiers du concert, me forçant à improviser de mauvaises blagues et des poèmes à moitié oubliés en guise de clôture maladroite. C’est surtout le fait de devoir jouer sur une guitare classique empruntée non sanglable et branchable qui ruinera mes efforts musicaux pour de bon. Estropié par le besoin de jouer assis et face à un micro statique, mes habitudes de gesticulation en prennent un coup et je passe un mauvais moment de frustration immobile, bêtement assis face à un public relativement large pour un début de soirée mais dont les intentions et les attentions sont difficiles à cerner dans le bruit et l’obscurité ambiantes. Je sors de scène déçu de ma prestation pour la première fois depuis longtemps, secoué temporairement dans ma confiance épique. Plus tard, sirotant seul un milk-shake de l’ordre de l’écoeurant dans un Macdo 24/24, je me dis qu’en fait, après une petite dizaine de concerts à Paris, je n’ai essuyé que des mauvaises expériences! Je ne crois néanmoins pas aux malédictions et retenterai évidemment ma chance dans cette capitale coriace, le Folk’n’Roll en bandoulière.

La tournée est belle et bien close, et je prends racine en préparant la suite. Voici donc venu le temps de vous quitter, jusqu’à mon prochain départ ! Merci à tous ceux qui ont suivi le blog, qui sont venus aux concerts, qui ont écouté et qui m’ont soutenu avec leurs achats généreux et curieux!

A bientôt, au détour d’une Nationale fantôme!imm024_25A imm022_23A imm021_22A imm020_21rA imm019_20A imm017r_18A imm017_18A imm014_14A imm013_13A imm010_10A imm005_5A imm003_2A imm001_0A imm000_00A

photo de Laurent Ducros.

photo de Laurent Ducros.

photo par Magali Sabio.

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